Mme BEAL – Enseigner, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu.

À l’occasion de la préparation du 150ᵉ anniversaire de notre établissement, une série de rencontres intitulée « Des racines et des ailes » a été mise en place.
Elle vise à faire revivre l’histoire de Don Bosco à travers les témoignages de celles et ceux qui l’ont façonnée.
Nous avons ainsi eu le plaisir d’accueillir les premières femmes professeures, Mmes Jacqueline DUBROIS et Françoise CALVET, ainsi que l’ancien conseiller principal d’éducation, M. Michel GUERY.
Était également présent M. Jacques Monier, l’un des premiers élèves externes de l’établissement.
Ce dernier a ensuite poursuivi son parcours à Don Bosco en devenant professeur d’imprimerie. Après avoir achevé sa carrière, il s’est engagé activement au sein de l’Association des Anciens Élèves de Don Bosco, tant au niveau local qu’au niveau national.
Mme Beal est actuellement à la retraite, tout en menant une vie très active.
Nous avons pris contact avec elle en octobre 2024 afin de convenir d’un rendez-vous en 2026. Elle a déclaré : « Il est vrai que ma retraite est très active et que je suis rarement présente à Marseille. Cependant, j’ai tenu à venir partager mon parcours, lorsque j’ai exercé en tant que professeure à Don Bosco entre 1978 et 2010.
J’étais professeur d’histoire-géographie, mais au début j’ai aussi enseigné le français dans certaines classes car les cours d’histoire-géographie fonctionnaient en lien avec le français.
J’ai aussi vécu la création du lycée technologique dans notre établissement.
J’ai commencé à enseigner avec des classes de CPPN ; pour certains garçons, c’étaient des « classes poubelles », car lorsqu’on ne savait pas quoi faire d’un jeune, on l’y mettait.
Voulez-vous écouter une anecdote ? En tant que professeur principal, j’étais en contact constant avec les familles. Un jeune manquait systématiquement les cours d’atelier.
C’était un peu étrange, car normalement les cours d’atelier sont très appréciés des élèves : ils y apprennent leur futur métier.
J’ai donc téléphoné à la famille. Ils m’ont répondu que c’était le seul établissement où leur fils avait été accepté, mais qu’il ne se rendait pas en atelier de menuiserie, car il était allergique à la sciure de bois. Le mettre en menuiserie n’avait donc aucun sens.
J’ai également eu des élèves en décrochage complet, et ce n’était pas évident à gérer non plus.
Il y avait aussi des situations assez surréalistes, par exemple lors d’une inspection académique.
— « Vous avez déjà vécu des inspections ? » a demandé Mme Beal.
— « Oui… » a répondu une voix timide.
Normalement, poursuit Mme Béal, l’inspecteur ou l’inspectrice s’installe au fond de la salle mais cet inspecteur sortait un vieux réveil pour chronométrer les différentes parties du cours. Ce qui amusait beaucoup les élèves.
Cet inspecteur était perçu comme un personnage presque « anglais », très rigide et avec son costume et avec des classes difficiles : c’était deux mondes complètement différents.
Un jeune demanda : « Vous savez pourquoi ces classes-là n’existent plus aujourd’hui ? »
Mme Beal répondit : « Justement, elles n’étaient pas du tout adaptées à la réalité.
Et dans l’Éducation nationale, pour ouvrir une nouvelle classe, il faut en supprimer une autre. Les classes qui ne correspondent plus à la réalité sont supprimées en priorité.
Bien sûr, les parents étaient contents car leur fils était “casé”, mais cela ne menait pas forcément à l’emploi.
C’est vrai que j’ai souvent été professeur principal de l’une de ces classes, mais malgré les difficultés rencontrées, ces élèves étaient attachants.
— « Vous avez du mérite, Madame ! » dit un jeune.
J’avais une classe où il n’y avait que quinze élèves, mais ils en valaient trente.
Dans certaines classes, il était difficile parfois de faire cours normalement avec les professeurs de la classe, il nous est arrivé de faire assoir les élèves dans la cour pour les calmer car ils arrivaient en poussant des cris d’animaux ! En hiver, ça calmait le jeu !
Vous étiez l’une des trois premières femmes enseignantes à Don Bosco. N’avez-vous pas eu de problèmes d’autorité avec les élèves ? demande une élève.
Mme Beal répond : « Ça a plutôt été un avantage, car il n’y avait que des garçons comme élèves, et ils étaient un peu déstabilisés d’être face à une femme enseignante.
Au début de ma carrière, c’était plus facile, car avec le temps, la notion de respect envers les enseignants a complètement changé. Avant moi la majorité des élèves étaient pensionnaires. »
Un élève demande dans quel bâtiment se trouvait l’internat.
Pourquoi n’y a-t-il plus d’internat aujourd’hui ?
Les escaliers au milieu de la cour étaient très beaux ! s’est émerveillée une élève en voyant de vieilles photos de notre établissement.
Les questions fusent, mais la sonnerie annonce la fin de l’échange.
Les élèves s’approchent de Mme Beal pour la remercier, avant que nous ne dressions le bilan de cette belle rencontre.

Commentaires des élèves :

« J’ai retenu de cette rencontre que le lycée était très différent d’aujourd’hui et que les femmes dans le corps enseignant n’étaient pas beaucoup écoutées. Il est important de connaître le passé du lycée. La rencontre était intéressante, car j’ai appris beaucoup de choses sur le lycée. »
« Elle nous a expliqué les changements profonds des bâtiments et la transformation complète de la cour, qui était très belle. La cour, avec beaucoup d’arbres devant les réfectoires, était impressionnante. La rencontre était intéressante, sympathique et un peu nostalgique. »
« Les changements faits dans la cour ont complètement modifié les bâtiments.
Je reconnais que les bâtiments étaient beaux avants. La rencontre était instructive, bien et très intéressante ; elle m’a appris beaucoup de choses sur notre histoire. »
« J’ai bien aimé les bâtiments d’avant : il y avait une harmonie entre les bâtiments.
J’ai appris que ma classe s’appelait F3. C’était un nom drôle. Les jeunes étaient en majorité pensionnaires, avec un parloir qui est aujourd’hui devenu l’accueil. Le mur de la rue Frères Merlo donne une impression de prison douce. La rencontre était bien, sympathique et intéressante. »
« J’ai appris que le lycée a beaucoup changé au fil du temps, avec des transformations de la cour qui ont détruit un magnifique escalier au milieu de l’école. Je trouve qu’au niveau de l’harmonie des bâtiments, la cour avec des arbres était bien mieux qu’aujourd’hui. J’aimerais en savoir plus sur le lycée, et je trouve qu’il a un passé intéressant.
La rencontre était très ouverte sur le passé, avec un peu de nostalgie. »
« Elle nous a appris que la fête de Don Bosco était très importante. Son regard sur l’école donne l’impression d’une bonne image et montre qu’elle est très polyvalente. »
« Madame Beal a été professeure d’histoire-géographie et la troisième femme enseignante à Don Bosco. Elle nous a donné une très belle image de notre établissement. Je souhaiterais rencontrer d’autres personnes ou anciens élèves qui pourraient nous éclairer sur l’histoire ; cela pourrait être intéressant. La rencontre était intéressante et enrichissante. »
« Elle m’a donné l’impression que le lycée est vraiment mieux aujourd’hui en tant qu’infrastructure et au niveau des professeurs, etc. La rencontre était instructive, utile et intéressante. »
« Elle nous a fait comprendre que la fête de Don Bosco est un moment très convivial. C’est un bon établissement. C’était très intéressant de pouvoir rencontrer un ancien prof.
La rencontre était intéressante, utile et conviviale. »
« La rencontre avec Mme Beal a été très intéressante et c’est une femme très intéressante ; j’aime beaucoup l’écouter parler. Don Bosco est un établissement qui a su s’adapter et réaliser des travaux, et qui a beaucoup amélioré la qualité des bâtiments.
La rencontre était intéressante, agréable et enrichissante. »
« J’ai compris que le lycée a bien changé. Elle nous a donné une très belle image du passé de l’école Don Bosco. La rencontre est intéressante, intelligente et, en plus, elle était bien. »
« Elle nous a parlé du passé de Don Bosco. J’en ai appris davantage sur la vie d’une professeure dans un monde très masculin.
Il n’y avait pas de filles et le corps enseignant était très masculin.
Il est très important de connaître le passé de notre lycée afin de comprendre ce qu’il a traversé. Je pense que notre lycée est un très bon établissement qui pense à ses élèves avant tout. J’aimerais beaucoup rencontrer d’autres anciens professeurs, car c’est toujours très agréable d’en apprendre plus sur notre lycée et son fonctionnement.
La rencontre était très intéressante. »
« Le Lycée Don Bosco a beaucoup changé et, avant, il n’y avait pas beaucoup de femmes enseignantes, contrairement à aujourd’hui. Personnellement, j’ai une très bonne image de notre établissement car il y a beaucoup de sorties et de journées à thème, et le lycée est très bien.
Je souhaiterais rencontrer d’autres personnes qui ont travaillé à Don Bosco.
La rencontre était intéressante, drôle et agréable. »

Les rencontres se sont poursuivies et les jeunes ont été curieux de découvrir le passé de notre établissement. Les échanges ont continué pendant des récréations.
Nous remercions Mme Beal d’avoir partagé avec nous ses souvenirs, témoins de ces belles années à Don Bosco.
Nous lui souhaitons bon voyage pour les nombreux déplacements qu’elle a prévus dans les années à venir.

Nous pouvons lire sur notre site des articles avec d’autres professeurs qui ont marqué l’établissement.

Rencontre avec M. MONIER – CONDUITE, TRAVAIL, APPLICATION
Mme Françoise CALVET – Il faut semer pour récolter
Mme Jacqueline DUBROIS – Première professeure femme à Don Bosco
Rencontre avec M. GUERY – La vie est un long passé

R. JANIEC